La fée du Rizzanese

Poli d'Olmiccia était propriétaire du domaine de Tulono le long duquel coulait la rivière du Rizzanese.

Un jour qu'il se promenait sur ses berges, Poli s'arrêta stupéfait : au bord du trou d'eau, il surprit une fée en train de se laver.

Poli n'intervint pas de peur que la jeune femme ne disparût à jamais. Mais il revint le lendemain et les jours suivants, observant la belle qui, inconsciente du danger qui la menaçait, vaquait à ses occupations avant de disparaître dans le creux d'un banc rocheux de la berge droite du Rizzanese. 

Poli en tomba profondement amoureux. Il eut l'idée de la capturer afin qu'elle partage sa vie .

Un jour que celle-ci était tout absorbée à démêler son abondante chevelure, Poli jeta  un filet sur la rivière et ramena sans difficulté sa belle captive. Prise au piège, la fée écouta Poli qui, lui déclarant avec flamme son amour, lui demanda de bien vouloir l'épouser. Celle-ci en fut émue et accepta, mais à une seule condition : que jamais Poli ne cherchât à savoir comment elle mangeait et buvait. 
Poli accepta et l'épousa. Il n'y avait pas d'épouse plus admirable à Olniccia. Elle donna le jour à trois filles et trois garçons qui firent le bonheur de Poli. Mais chaque jour, après le repas, elle allait dans sa chambre en emportant les restes. Personne ne savait comment elle les absorbait ni comment elle buvait.

C'était là la condition du bonheur de Poli et pendant des années, il sut résister à la tentation d'en savoir davantage.

Mais un jour, la curiosité l'emporta... et après avoir soupé, Poli se dirigea vers la chambre où, enfermée avec les restes du repas, son épouse était secrètement en train de se sustenter. Il regarda par le trou de la serrure et vit sa femme introduire les aliments par une ouverture située dans son dos, ouverture dont Poli n'avait jusque-là jamais soupçonné l'existence. Mais Poli, en satisfaisant sa curiosité, venait de rompre sa promesse, ce qui allait être lourd de conséquences... 
« Hélas, s'écria soudain son épouse, la fée, surprise en son secret, tu viens de faire notre malheur! » Le regard indiscret de Poli, brisant le contrat qui le liait à sa femme, détruisit du même coup leur bonheur. Ils partagèrent leurs six enfants : Poli choisit les garçons et la fée disparut avec ses trois filles. Au moment de partir, sur le seuil de la maison, la fée prédit à Poli que dès lors et jusqu'à la septième génération, la famille Poli ne compterait parmi les siens pas plus de trois héritiers mâles. Prédiction dont les mots restèrent gravés dans la mémoire des Poli « Fino alla settesima generazione, la stirpe dei Poli più di tre barbe mai generar non potrà ! » L'avenir prouva que la fée ne s'était pas trompée... 

3 votes. Moyenne 3.67 sur 5.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site